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[ETUDE] Quelles raisons poussent les salariés à claquer la porte de leurs bureaux ?

Par Alexandre Foatelli | le | Modes de travail

Dans sa dernière étude, JLL a voulu identifier les raisons poussant les travailleurs de bureaux à claquer la porte. Le conseil a interrogé 3 000 salariés de bureaux dans 13 grandes métropoles mondiales, identifiant plusieurs enseignements, de l’expérience de travail à l’organisation des entreprises.

50 % des travailleurs de bureaux urbains à travers le monde qui ont quitté leur emploi depuis 2020. - © Getty Images/iStockphoto
50 % des travailleurs de bureaux urbains à travers le monde qui ont quitté leur emploi depuis 2020. - © Getty Images/iStockphoto

« Grande démission », et maintenant « Démission silencieuse » … depuis le départ de la pandémie de Covid, la relation des salariés à leur travail a brutalement changé, notamment dans le secteur tertiaire. À tel point que ce ne sont pas moins de 50 % des travailleurs de bureaux urbains à travers le monde qui ont quitté leur emploi depuis le début de la pandémie, auxquels s’ajoutent 60 % qui l’envisagent dans les 12 prochains mois. Afin de comprendre les causes de cette volatilité des salariés, JLL a mené une enquête à l’échelle de 13 grandes métropoles dans le monde.

Changement de vie des salariés

Parmi les données mis en avant par JLL, 32 % des travailleurs de bureaux interrogés ont déménagé depuis le début de la pandémie. Parmi eux, 37 % l’ont fait grâce aux nouvelles possibilités offertes par le télétravail. Une flexibilité qui leur a permis de s’offrir un nouveau cadre de vie. À Paris, si la remise en cause des modes de vie est une réalité, la mobilité résidentielle reste plus modérée qu’ailleurs, puisqu’elle n’a concerné que 27 % des travailleurs de bureaux. Une prudence des Franciliens également palpable en matière de mobilité professionnelle : ils ont été 42 % à quitter leur entreprise depuis le début de la crise, bien en-dessous de la moyenne mondiale.

« En France, le phénomène de départs, plus contenu qu’ailleurs, relève davantage de la posture de revendication vis-à-vis de l’employeur que de la démarche concrète. Les motivations restent toutefois les mêmes : saisir une opportunité professionnelle, se reconvertir dans un nouveau métier, lancer sa propre entreprise », explique Flore Pradère, directrice Recherche et Prospective bureaux chez JLL.

Le salaire pour attirer, le bien-être pour fidéliser

S’il est aujourd’hui mis en balance par les salariés dans le choix d’un nouvel employeur, le salaire reste le nerf de la guerre pour 52 % des salariés interrogés, en France comme à l’international. Dans l’Hexagone, le niveau de rémunération est suivi de près par la qualité de vie (46 % des sondés, au-dessus de la moyenne mondiale), le sens au travail (28 %) et l’opportunité de réduire sa charge de travail (24 %).

Cependant, attirer n’est pas fidéliser. Pour retenir les salariés en entreprise, il sera impératif de considérer leurs attentes renouvelées en matière de bien-être, au-delà d’un niveau de rémunération jugé plus attractif. Selon le sondage de JLL, 52 % des travailleurs franciliens attendent de leur employeur un soutien en matière de bien-être et de santé mentale et 35 % souhaitent être davantage incités à s’accorder du temps pour eux dans la journée de travail, qu’il s’agisse d’aller à un rendez-vous médical, de faire une pause bien-être ou remplir une obligation administrative. En outre, plus en France qu’ailleurs, 34 % des répondants attendent une proposition renouvelée en matière de services sur site.

« On note un paradoxe à la française : le travail apparaît moins prégnant dans le développement personnel des salariés, qui restent soucieux de préserver la frontière entre vie professionnelle et vie personnelle. Mais, dans le même temps, ils ne sont pas moins attachés à la qualité de vie au travail, qui reste une attente forte les Parisiens », commente Flore Pradère.

Quelle promesse employeur pour demain ?

Pour tendre vers la promesse employeur idéale, les entreprises devront cocher de nouvelles cases, sans toutefois négliger le package traditionnel. Les fondamentaux se composent d’un haut niveau de rémunération, permettant de s’offrir un cadre de vie urbain bénéficiant de tous les services de la ville et d’une excellente connectivité transports, un travail porteur de sens, plus aligné avec les enjeux de société et les aspirations individuelles, des conditions de travail souples, permettant à chacun de définir son propre rythme de travail et une offre de services renouvelée, en phase avec les nouveaux modes de vie et de travail.

« Dans le contexte économique qui se profile, le confort financier sera plus important que jamais aux yeux des collaborateurs. Pourtant, tout ne se jouera pas sur le salaire. La qualité de l’expérience, un environnement inclusif et une attention portée à la santé et au bien-être deviendront les nouveaux incontournables », précise Flore Pradère.

Face au changement de paradigme qui s’amorce, les organisations devront conduire de front révolutions spatiale et managériale afin de (re)faire de l’entreprise tout à la fois une organisation apprenante, un lieu d’inspiration, un condensé d’expériences au service de la santé et du bien-être et un environnement à l’écoute des préférences individuelles.

« Les conditions de travail seront plus que jamais sous le feu des projecteurs. Les employeurs les plus visionnaires sauront intégrer les nouveaux choix de vie de leurs collaborateurs dans leur approche du travail hybride pour identifier de nouveaux leviers immobiliers : une empreinte immobilière plus dispersée, l’accès à des tiers-lieux plus proches des bassins de vie ou encore la prise en charge des coûts d’hébergement et de transport des salariés qui auront fait le choix de se mettre au vert », conclut Gaëlle Larché, directrice Workplace Strategy et Conduite du Changement chez JLL.

Aux directeurs environnement de travail des entreprises de se montrer visionnaires.

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