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Guerre des talents : les entreprises prêtes à investir dans leurs ressources humaines

Par Alexandre Foatelli | Le | Qvt

Prises en étau entre l’inflation généralisée et les nouveaux rapports des individus au travail, les entreprises se trouvent dans une quasi-obligation de mettre en œuvre des leviers pour attirer et, surtout, retenir leurs cadres. Dans ce contexte, les fonctions RH devraient tirer leur épingle du jeu, selon la dernière Etude de rémunération du cabinet Robert Walters.

Le cabinet Robert Walters fait le point sur ces tendances qui ont chamboulé le marché du recrutement - © Getty Images/iStockphoto
Le cabinet Robert Walters fait le point sur ces tendances qui ont chamboulé le marché du recrutement - © Getty Images/iStockphoto

Grande démission, quiet quitting, quick quitting, inflation galopante : dans un contexte extrêmement tendu, les attentes des cadres se font plus exigeantes qu’auparavant. Face à cela, quels sont les ressorts des entreprises pour y répondre ? Dans sa nouvelle étude de rémunération, le cabinet Robert Walters fait le point sur ces tendances qui ont chamboulé le marché du recrutement en 2022, et livre les perspectives pour 2023.

Le quick quitting en vogue chez les cadres

En matière de tendance sur le marché de l’emploi, certains chiffres sont plus éloquents que d’autres. D’après une enquête menée par Robert Walters auprès de 1 700 cadres d’entreprises basées en France, 87 % des cadres ont songé à démissionner en 2022 ! Un paramètre de l’ordre du ressenti, certes, qui traduit néanmoins une tendance tangible à un engagement amoindri envers le monde du travail de la part de cette catégorie socio-professionnelle. Les principaux motifs vont du désaccord avec le management à l’évolution de carrière, en passant par le souhait d’une meilleure rémunération.

Une tendance qui ne devrait pas s’affaiblir en 2023, si on en juge par la confiance affichée par les professionnels sur le marché (79 % d’après l’enquête de Robert Walters) et le quick quitting, phénomène désignant ces cadres qui quittent leur entreprise prématurément, lors des deux premières années ou de leur période d’essai.

En outre, les sujets RSE deviennent un élément déterminant dans l’attractivité d’une entreprise pour 72 % des cadres interrogés. Toutefois, malgré ces nouvelles préoccupations, la rémunération demeurera le premier critère de satisfaction pour les cadres en entreprise, notamment dans ce contexte inflationniste : 71 % d’entre eux déclarent qu’ils demanderont une augmentation. Ce sujet sera donc clé pour les entreprises, puisque 6 cadres sur 10 déclarent être prêts à quitter leur emploi si leur augmentation n’est pas supérieure à l’inflation.

Cela étant, Robert Walters souligne que la rétention peut aussi passer par le fait… de laisser partir ! « Concernant l’off-boarding, les entreprises ne doivent pas lutter contre des offres pour lesquelles elles n’ont ni les tenants ni les aboutissants. Elles doivent donc accompagner leurs collaborateurs à prendre cette offre pour mieux revenir ensuite. Le meilleur moyen de lutter contre la pénurie des cadres sera le salarié boomerang », mettent en avant Constance Philippon et Audrey Silvain, respectivement Associate Director et consultante au sein du cabinet.

Les entreprises s’adaptent

De leur côté, les entreprises se disent « préoccupées par la pénurie de compétences » pour 85 % d’entre elles, marquant une nette augmentation par rapport à 2021 (76 %). Pour faire face, 65 % des entreprises ont mis en place de nouvelles initiatives en 2022, soit 24 % de plus que l’an dernier, signe d’une réelle prise de conscience. Ces mesures concernent essentiellement leur politique de télétravail, les programmes de formation et les actions en faveur du bien-être des salariés. Cependant, les entreprises ont bien conscience que l’inflation sera au cœur des négociations salariales, et 80 % d’entre elles déclarent que cela les poussera à accorder des augmentations en 2023. D’après l’Etude de rémunération réalisée par le cabinet Robert Walters, les salaires des cadres devraient augmenter de 4 % pour les collaborateurs déjà en poste, et même de 17 % pour ceux prenant le risque de changer d’entreprise.

Des augmentations salariales qui ne pourront probablement pas suivre le rythme de l’inflation, car les entreprises ne pourront pas éternellement s’aligner sur les demandes des cadres en termes de salaire fixe. Elles devront donc se montrer innovantes et proposer des avantages adaptés : package, flexibilité, formation, etc. Elles pourront également proposer des « step increases », à savoir des paliers d’augmentations sur plusieurs années. Cette dernière mesure permet ainsi aux collaborateurs de mieux se projeter, et à l’entreprise de les fidéliser.

Les fonctions RH au premier plan

Autant de mesures qui vont de pair avec une montée en puissance des fonctions RH au sein des entreprises. Si plusieurs pôles ont vu augmenter leur volume d’offres d’emplois en 2022, les métiers de ressources humaines ont enregistré la plus forte croissance d’après Robert Walters (+78 % vs 2021). En 2023, le cabinet prévoit que la moyenne des augmentations de salaires pour les fonctions RH devrait atteindre 7 %, un niveau égal à ce qui est attendu pour les métiers de commerciaux & marketing digital, par exemple.

D’après le cabinet, trois compétences seront principalement recherchées pour ces fonctions en 2023. En premier lieu, les métiers liés aux données et aux data RH, car la donnée devrait être au centre de l’activité et sera plus que jamais nécessaire en « Compensation & Benefits », afin de fidéliser les talents, mais aussi en SIRH pour fiabiliser les données. Par ailleurs, les relations sociales seront fortement attendues : dans un contexte de sauvegarde et de restructuration, les entreprises auront besoin de s’armer de juristes connaissant et maîtrisant la réglementation. Enfin, le développement RH sera nécessaire pour fidéliser et retenir les talents recrutés lors de ces deux dernières années. En tout état de cause, les ressources humaines seront au premier plan dans la guerre des talents en 2023.

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