Stratégies

F. Sauvageot : « La place de l’humain dans la société dessinera l’environnement de travail demain »

Par Alexandre Foatelli | le | Environnement de travail

L’émergence des nouveaux modes de travail sont vecteurs de nombreux enjeux. De la manière de susciter l’envie de revenir au bureau chez les collaborateurs à l’accompagnement nécessaire des managers aux nouvelles façons d’exercer. Tous ces sujets alimentent les réflexions de la directrice de l’Innovation et du Développement des Environnements de Travail d’Orange, Frédéricke Sauvageot. Entretien.

Frédéricke Sauvageot, directrice de l’Innovation et des Environnements de Travail d’Orange. - © Orange
Frédéricke Sauvageot, directrice de l’Innovation et des Environnements de Travail d’Orange. - © Orange

Selon vous, comment la crise sanitaire a bousculé les environnements de travail ?

Depuis l'émergence de la pandémie, les salariés aspirent à une évolution profonde de leur métier pour qu’il soit porteur de plus de sens, de confiance, d’autonomie, de qualité de vie, mais ils sont également plus exigeants sur les services apportés par l’entreprise, dont les espaces de travail font partie. C’est un nouveau rapport au temps passé au travail et à l’espace qui doit être accompagné. Il est nécessaire de se poser la question de « pourquoi aller au bureau, pour y faire quoi, avec qui, comment ? » afin de définir le rôle du bureau, pour ensuite revisiter les espaces de travail qui devront s’adapter à l’évolution des besoins et usages des collaborateurs.

Nous observons que de nouveaux modèles de vie personnelle, professionnelle et de travail à distance, notamment à la maison, se sont développés, avec des usages en constante évolution. Le travail à distance régulier fait désormais partie intégrante de l’organisation du travail. L’expérience collaborateur est au cœur de cette transformation et le nouvel environnement de travail en est le catalyseur.

Quelles sont les évolutions positives qui émergent de ces nouvelles attentes ? Quels sont les points d’attention ?

D’une part, l’hybridation des modes de travail qui s’accélère redéfinit le rapport à l’espace et génère des bénéfices à l’échelle individuelle. Mais le travail à distance nécessite d’observer et de tenir compte des incertitudes et questionnements relatifs à la performance de l’organisation. Il faut aussi anticiper les risques observés à l’échelle collective et surtout inter-équipes. Il s’agit là d’un véritable changement de paradigme qui nécessite l’accompagnement des managers et des collaborateurs.

Par ailleurs, nos modes de travail sont désormais de plus en plus flexibles et notre offre de plus en plus diversifiée. Pour réussir cette transition il est important de nous assurer qu’elle puisse être adaptée aux usages et besoins de tous.

Le rapport de l’individu au bruit nous amène à avoir une attention particulière sur le parcours acoustique dans les bureaux.

Cela implique de proposer une expérience numérique du travail différenciante, et un impératif majeur de modernisation des outils de collaboration et des outils digitaux. L’objectif est de tendre vers un écosystème de services dans lequel tous les acteurs nécessaires sont mobilisés afin de permettre aux collaborateurs de travailler dans des conditions adaptées à leurs besoins du moment.

Dans le contexte de guerre des talents, quid de l’environnement de travail responsable et durable ?

Notre enjeu principal est de permettre à chacun de trouver un équilibre entre pratiques individuelles et collectives. Pour cela, nous intégrons l’humain au cœur de la conception de l’aménagement et nous tenons compte de la perception et du ressenti du salarié. Par exemple, le rapport de l’individu au bruit nous amène à avoir une attention particulière sur le parcours acoustique dans les bureaux. À mon sens, les espaces doivent être inclusifs pour tous et conçus pour être évolutifs, pouvant s’adapter au rôle du bureau qui évolue vers un besoin du « mieux faire ensemble ».

Que sera l’environnement de travail demain ?

 Je pense que le concept d’espaces de travail sera à la fois porteur de repères (lisibilité privé/collectif, usages, comportements), de sens (sociabilisation, culture collective, ambiance) et fonctionnel (simple, utile et intuitivement compréhensible par les salariés). Ainsi, il pourra répondre, non pas à une, mais à des organisations de travail multiples et personnalisées en fonction des métiers, des équipes, des situations personnelles, dans un cadre de fonctionnement et de performance défini par l’entreprise.

Aujourd’hui, la crise pandémique n’est pas terminée, mais nous entrons dans une période de « nouveau normal ».

Aujourd’hui, la crise pandémique n’est pas terminée, mais nous entrons dans une période de nouveau normal.

 Puisque nous manquons de recul sur les impacts réels qu’aura cette période sur les trois piliers que sont le travail, les collaborateurs et les espaces, il est important de prendre le temps de l’observation de ce qui restera des nouveaux usages, de ce qui s’accéléra peut-être encore et de ce qui sera abandonné. Et pour accompagner cette transformation, il faut aussi prendre le temps de soutenir les managers et les équipes dans ces changements. C’est bien la place de l’humain dans la société qui dessinera demain.

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